quartier latin
libraire

6, rue Georges Teissier
42000 saint-étienne france
Tel 04.77.33.99.13.
Fax 04.77.46.68.08.
E.mail quartierlatinlibraire@orange.fr

JULIEN GRACQ * MARGUERITE YOURCENAR * NANCY HUSTON * JEAN GIONO * ALEXANDRE DUMAS * JULES VERNE *

PAGE 1
VISITEZ >>>

PAGE 2
VISITEZ >>>

PAGE 3
Visitez >>>

RECHERCHER UN OUVRAGE
OU COMMANDER   >>>

8 000 OUVRAGES EN FONDS 300 AUTEURS * 8 000 OUVRAGES EN FONDS 300 AUTEURS * 8 000 AUTEURS EN FONDS 300 AUTEURS * 8 000 OUVRAGES EN FONDS 300 AUTEURS





   Quand je reviens en pensée sur ces journées unies et monotones, et pourtant pleines d'une attente et d'un éveil, pareil à l'alanguissement nauséeux d'une femme grosse, je me rappelle avec étonnement combien Vanessa et moi nous semblions avoir peu à nous dire. L'ardeur qui me jetait vers elle se contentait et s'éteignait vite, comme la poussée de fièvre triste de l'après-midi des lagunes - ce palais si peu fait pour y vivre, aux portes battantes, à la sonorité et à la pénombre d'église, et où les reflets de l'eau mouvante bougeait éternellement le long des murs, nous était comme un campement instable, une forêt habitable et ouverte sous ses lourds ombrages immobiles, mais dans laquelle perpétuellement un œil eût rôdé.

Le Rivage des Syrtes 
Julien GRACQ

   Mais déjà, et un peu partout, l'homme. L'homme encore clairsemé, furtif, dérangé parfois par les dernières poussées des glaciers tout proches, et qui n'a laissé que peu de traces dans cette terre sans cavernes et sans rochers. Le prédateur-roi, le bûcheron des bêtes et l'assassin des arbres, le trappeur ajustant ses rets où s'étranglent les oiseaux et ses pieux sur lesquels s'empalent les bêtes à fourrure ; le traqueur qui guette les grandes migrations saisonnières pour se procurer la viande séchée de ses hivers ; l'architecte des branchages et de rondins décortiqués, l'homme-loup, l'homme-renard, l'homme-castor rassemblant en lui toutes les ingéniosités animales…   

Archives du Nord   
Marguerite YOURCENAR   Belgique
Construire, c'est collaborer avec la terre : c'est mettre une marque humaine sur un paysage qui en sera modifié à jamais. Mémoires d'Hadrien. Marguerite Yourcenar.

   Je ne pourrai jamais retrouver le vrai visage de ma terre: cet oeil pur des enfants, je ne l'ai plus. Quand j'étais tout petit, je jouais, puis j'avais faim. Ma mère taillait alors une plate tartine de pain, elle la saupoudrait de sel, elle l'arrosait d'huile par un large 8 de la burette penchée; elle me disait: «Mange.» Ce sel, il me suffisait de humer le vent odysséen; il était là avec l'odeur de la mer; ce pain, cette huile, les voilà tout autour dans ces champs de blé vert dessous les oliviers. Ainsi, s'est aiguisée de longue habitude l'ardente faim de mon coeur.
Jamais assez de ce pain…
Jamais assez de ce sel, de cette huile, ma mère.
Avec mes joies, avec mes peines, j'ai mâché des quignons de ma terre; et maintenant, la ligne où se fait le juste départ, la ligne au-delà de laquelle je cesse d'être moi pour devenir houle ondulée des collines, la ligne est cachée sous la frondaison de mes veines et de mes artères, dans les branchages de mes muscles, dans l'herbe de mon sang, dans ce grand sang vert qui bout sous la toison des olivaies et sous le poil de ma poitrine.
Ce beau sein rond est une colline; sa vieille terre ne porte que des vergers sombres. Au printemps, un amandier solitaire s'éclaire soudain d'un feu blanc, puis s'éteint. Du haut du ciel, le vent plonge; la flèche de ses mains jointes fend les nuages. D'un coup de talon, il écrase les arbres et il remonte. Parfois, un aigle roux descend des Alpes, mais l'air des plaines proches ne le porte plus; il nage à grands coups d'aile et il crie comme un oiseau naufragé. Si on quitte le chemin, il y a des olivaies envahies par les roses. C'est comme une peau de bélier qu'on a jetée sur les arbres. C'est épais et ça saigne. On a chaud là-dessous d'une lourde chaleur de laine; l'herbe sue. Pour sortir de cette ombre, il faut s'écorcher les mains. Un mois après, on trouve une rose séchée dans sa poche. De grands talus se chauffent au midi, fleuris de serpents immobiles. Les lézards sont épais comme le bras. Ils dorment au soleil puis sautent, happent, et mâchent longuement des abeilles à goût de miel. Ils en pleurent des larmes d'or qui grésillent sur la pierre brûlante. La lagremuse est toute grise, avec des pattes comme un fil, une queue qui semble une ombre; mais elle a un coeur énorme, un coeur déchaîné dans elle comme un orage et elle en est là, palpitante. Un mariage de gros frelons assomme les scabieuses de son vol aveugle. Les sauterelles se déclenchent et passent tout éperdues dans un saut puis elles ouvrent leurs ailes rouges. Une caravane de fourmis, large comme une route d'homme, coule sous les feuilles. Une procession de chenilles adore lentement un pin dans ses spirales. Une maison aux murs en coque de noix, bombés et ocre, craque doucement, écrasée sous sa charge de tuiles, de poutres et de soleil. L'ombre transparente des oliviers tient dans sa toile d'araignée la sieste d'une toute petite fille. Elle dort dans l'herbe chaude. Elle a remonté toutes ses robettes et, sans ouvrir les yeux, elle gratte à pleine griffe son ventre sucé par les mouches. Un chevreau lutte avec une guêpe. L'odeur du thym fume jusqu'à la lune. Un beau nuage s'est envasé dans un bras mort du vent; il ne peut plus arracher sa proue de l'azur immobile et, à bout de forces, il ondule lentement de la poupe.

Manosque-des-Plateaux
Jean Giono

   La nature est muette. C'est moi qui nomme. ( Je me suis moi-même nommée, ou plutôt renommée. Mes parents m'avaient appelée Nadia et quand il m'est devenu clair que, le je, n'existait pas, je l'ai éliminé. Dorénavant mon nom, mon petit nom, mon nom de plume, mon seul nom restant, c'est : Nada. Le néant. L'initiale N m'enchante au plus haut point. Selon certain auteur français du siècle dernier, ce phénomène est régulièrement apte à exprimer des idées de négation, d'anéantissement et de nihilisme, et j'ai tendance - Nil Nul Nix Niet -  à lui donner raison. L'auteur en question s'appelait Nodier).

L'Instrument des ténèbres   
Nancy HUSTON   Canada

   L'été des Indiens distillait doucement ses couleurs folles. La rue Fabre semblait flamber en silence dans la tiédeur insolite de cette dernière journée d'octobre. La veille encore il faisait froid ; la pluie détrempait la ville en grosses gouttes pesantes qui annonçaient déjà l'hiver trop proche, mais voilà que la matin l'humidité étouffante de juillet était revenue, enveloppant d'abord des arbres rouges et jaunes d'une brume collante, puis se transformant peu à peu en arrière-goût de vacances qui serrait le cœur. Les enfants étaient partis pour l'école en maugréant ; les hommes avaient hésité sur le pas de leur porte avant de se diriger, tête basse, vers leur travail ; quelques femmes avaient sorti une dernière fois leur chaise berçante favorite sur leur balcon.

La Duchesse et le roturier
Michel TREMBLAY   Québec

   Vers 1968, je suivais souvent les boulevards, jusque sous les arches du métro aérien. Je partais de la place Blanche. En décembre, les baraques foraines occupaient le terre-plein. Les lumières décroissaient à mesure que l'on approchait du boulevard de la Chapelle. Je ne savais encore rien de Dora Bruder et de ses parents. Je me souviens que j'éprouvais une drôle de sensation en longeant le mur de l'hôpital Lariboisière, puis en passant au-dessus des voies ferrées, comme si j'avais pénétré dans la zone la plus obscure de Paris.

Dora Bruder   
Patrick MODIANO

CHÂTEAU DE MONTE CRISTO
Alexandre DUMAS
Visitez   >>>

Il n'y a ni bonheur ni malheur en ce monde, il y a  la comparaison d'un état à un autre, voilà tout.
Celui-là seul qui a éprouvé l'extrême infortune est apte à ressentir l'extrême félicité. […]
Vivez donc et soyez heureux, enfants chéris de mon cœur, et n'oubliez jamais que, jusqu'au jour où Dieu daignera dévoiler l'avenir à l'homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots :
   Attendre et espérer !
Le Comte de Monte-Cristo   
Alexandre DUMAS

MUSEE JULES VERNE
NANTES
Visitez   >>>

CENTRE INTERNATIONAL
JULES VERNE AMIENS
Visitez   >>>

   Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélange du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l'odeur des truffes. Les bougies des candélabres allongeaient des flammes sur les cloches d'argent ; les cristaux à facettes, couverts d'une buée mate, se renvoyaient des rayons pâles ; des bouquets étaient en ligne sur toute la longueur de la table, et, dans les assiettes à large bordure, les serviettes, arrangées en manière de bonnet d'évêque, tenaient entre le bâillement de leurs deux plis chacune un petit pain de forme ovale. Les pattes rouges des homards dépassaient les plats ; de gros fruits dans des corbeilles à jour s'étageaient sur la mousse ; les cailles avaient leurs plumes, des fumées montaient ; et, en bas de soie, en culotte courte, en cravate blanche, en jabot, grave comme un juge, le maître d'hôtel, passant entre les épaules des convives les plats tout découpés, faisait d'un coup de sa cuiller sauter pour vous le morceau qu'on choisissait. Sur le grand poêle de porcelaine à baguette de cuivre, une statue de femme drapée jusqu'au menton regardait immobile la salle pleine de monde.

Madame Bovary
Gustave FLAUBERT

   La lune se levait au ras des flots, et, sur la ville encore couverte de ténèbres, des points lumineux, des blancheurs brillaient : le timon d'un char dans une cour, quelque haillon de toile suspendu, l'angle d'un mur, un collier d'or à la poitrine d'un dieu. Les boules de verre sur les toits des temples rayonnaient, çà et là comme de gros diamants. Mais de vagues ruines, des tas de terre noire, des jardins faisaient des masses plus sombres dans l'obscurité, et, au bas de Malqua, des filets de pêcheurs s'étendaient d'une maison à l'autre, comme de gigantesques chauves-souris déployant leurs ailes. On n'entendait plus le grincement des roues hydrauliques qui apportaient l'eau au dernier étage des palais ; : et au milieu des terrasses, les chameaux reposaient tranquillement, couchés sur le ventre, à la manière des autruches. Les portiers dormaient dans les rues contre le seuil des maisons ; l'ombre des colosses s'allongeait sur les places désertes ; au loin quelquefois la fumée d'un sacrifice brûlant encore s'échappait par les tuiles de bronze, et la brise lourde apportait avec des parfums d'aromates les senteurs de la marine et l'exhalaison des murailles chauffées par le soleil. Autour de Carthage les ondes immobiles resplendissaient, car la lune étalait sa lueur tout à la fois sur le golfe environné de montagnes et sur le lac de Tunis, où des phénicoptères parmi les bancs de sable formaient de longues lignes roses, tandis qu'au-delà, sous les catacombes, la grande lagune salée miroitait comme un morceau d'argent. La voûte du ciel bleu s'enfonçait à l'horizon, d'un côté dans le poudroiement des plaines, de l'autre dans les brumes de la mer, et sur le sommet de l'Acropole les cyprès pyramidaux bordant le temple d'Eschmoûn se balançaient, et faisaient un murmure, comme les flots réguliers qui battaient lentement le long du môle, au bas des remparts.

Salammbô
Gustave FLAUBERT

   Je suis né dans un monde qui regardait en arrière. Le passé y comptait plus que l'avenir. Mon grand-père était un beau vieillard très droit qui vivait dans le souvenir. Sa mère avait dansé aux Tuileries avec le duc de Nemours, avec le prince de Joinville, avec le duc d'Aumale, et ma grand-mère à Compiègne avec le prince impérial. Mais c'était à la monarchie légitime qu'à travers tant de désastre, de barricades, de citadelles assiégées, de rebelles triomphants, ma vieille tribu tout entière restait passionnément attachée. Les lendemains qui chantent aux oreilles des prophètes ne lui disait rien qui vaille. L'âge d'or était derrière nous, avec toute cette douceur de vivre dont nous traînions dans nos légendes les échos assourdis et que les plus jeunes d'entre nous n'avaient jamais connue.

Au Plaisir de Dieu   
Jean d'ORMESSON

   Le temps ne passait pas sur la ville flottante :  l'enfant avait toujours douze ans. Et c'est en vain qu'elle bombait son petit torse devant l'armoire à glace de sa chambre. Un jour, lasse de ressembler avec ses nattes et son front très dégagé à la photographie qu'elle gardait dans son album, elle s'irrita contre elle-même, et répandit violemment ses cheveux sur ses épaules espérant que son âge en serait bouleversé. Peut-être même la mer, tout autour, en subirait-elle quelques changements et verrait-elle en sortir de grandes chèvres à la barbe écumante qui s'approcheraient pour voir.

L'Enfant de la haute mer   
Jules SUPERVIELLE   PRIX NOBEL DE LITTERATURE

PAGE D'ACCUEIL
cliquez  >>>

PAGE PRECEDENTE
cliquez  >>>