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James Lee BURKE * Boris AKOUNINE * Dennis LEHANE * James ELLROY * Francisco GONZALES LEDESMA * Henning MANKELL *

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SCIENCE FICTION   

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Raskolnikov rentra directement chez lui. Il était tellement désarçonné et embrouillé qu'après être rentré et s'être jeté sur le divan, il resta, pendant un bon quart d'heure, juste à se reposer et à essayer d'une façon ou d'une autre, de rassembler ses idées. Nikolaï, il n'essayait même pas d'y réfléchir : il sentait qu'il était écrasé ; qu'il y avait dans l'aveu de Nikolaï quelque chose d'inexplicable, d'étonnant, que, maintenant, il n'avait absolument aucun moyen de comprendre. Mais l'aveu de Nikolaï était un fait réel. Les conséquences de ce fait lui furent tout de suite limpide : le mensonge ne pouvait pas ne pas se découvrir et, à ce moment-là, ils lui tomberaient dessus une nouvelle fois. Mais, au moins jusque là, il était libre, et il devait coûte que coûte faire quelque chose pour lui-même, parce que le danger était inévitable.
Et pourtant jusqu'à quel point ? La situation avait commencé de s'éclaircir. Se ressouvenant,
en brouillon, dans le schéma général, de toute sa scène avec Porphiri, il ne pouvait ne pas frissonner d'horreur une nouvelle fois. Bien sûr, il ne connaissait pas encore tous les buts de Porphiri, il n'avait pas pu percer tous ses calculs. Mais une partie du jeu se trouvait découverte, et, bien sûr, personne mieux que lui ne pouvait comprendre à quel point cette « avancée » dans le jeu de Porphiri pouvait être effrayante.
CRIME ET CHÂTIMENT
Fedor DOSTOÏEVSKI   Russie
Traduction d'André Marcovicz

Thierry JONQUET

Andrea CAMILLERI

Fred VARGAS

Elisabeth GEORGE

Stéphanie BENSON

Le Lundi 26 septembre, Kurt Wallander se réveilla peu avant cinq heures dans son appartement de Mariagatan dans le centre d'Ystad.
En ouvrant les yeux, il commença par regarder ses mains. Elles étaient bronzées. Il reposa la tête sur l'oreiller et écouta la pluie d'automne qui tambourinait con tre la vitre. Une sensation de bien-être l'enveloppa au souvenir du voyage qui s'était achevé deux jours plus tôt, à l'aéroport de Kastrup. Il avait passé une semaine entière en compagnie de son père à Rome. Il avait fait très chaud là-bas. […] Il jeta un regard au réveil sur la table de chevet. Il devait reprendre le travail ce matin, mais il n'était pas pressé. Il pouvait encore rester au lit un moment. Il prit la pile de journaux et commença à lire.
LA CINQUIÈME FEMME
Hennig MANKELL   Suède

   Dashiell HAMMETT

Georges SIMENON

Raymond CHANDLER

Lawrence BLOCK

     Patricia HIGHSMITH

Les vieilles photographies du Pueblo Seco, sépia ou gris novembre, prises du port, montrent généralement à droite les Atazanas et, sur la gauche, les trois cheminées qui ont marqué de leur empreinte géographique à tous le moins, une époque et un quartier. Le Paraleto se déroule en son centre, comme le grand fleuve qui finit par tout emporter : maisons, cafés hommes et souvenirs. À droite aussi, le Cinquième District que nul n'a pu emporter à ce jour, avec ses rues pleines de vie et ses fenêtres chargées de mort. Certaines photos pieuses dévoilent en outre le clocher de l'église de Santa Matrona qu'une flèche ornée d'étoiles couronnait autrefois ; il n'en subsiste qu'un moignon de pierre depuis l'été 1936. Les archives renferment également certaines photos écologiques où l'on apprécie les versants de Montjuich et où l'on conçoit aisément de croiser un enfant, un chien, une fontaine ou même une jolie femme. De fait, toutes ces choses ont peuplé le Montjuich d'un autre temps, converti désormais pour les automobiles : le Grand Parc à Cylindres.
Pueblo Seco est l'unique faubourg de Barcelone situé entre le Paralelo ( qui, durant une époque, symbolisa la vie ) et la colline de Montjuich ( qui, durant une époque, fut terre de repos ). Lui seul possède des rues inclinées au bout desquelles on découvre des marches délaissées conduisant à un arbre, un mur couvert de lierre ou à un raidillon.
LES RUES DE BARCELONE   
Francisco GONZALES LEDESMA   Espagne

George PELECANOS

Sara PARETSKY

Tony HILLERMAN

Michael CONNELLY

Sue GRAFTON

On peut lire sur sa pierre tombale : GENEVA HILLIKER ELLROY, 1915-1958; Une croix rappelle son enfance calviniste dans un trou perdu du Wisconsin.
Son dossier porte l'inscription : JEAN ( HILLIKER ) ELLROY, 187PC ( non résolu ) , date du décès 22/06/58.
Je n'ai pas assisté aux obsèques ; je m'étais fait excuser. J'avais dix ans et je sentais que je pouvais manipuler les adultes à mon  avantage. Je n'ai dit à personne que mes larmes étaient, au mieux, purement décoratives, et, au pire, l'expression d'un soulagement hystérique. Je n'ai dit à personne que je haïssait m a mère au moment de son assassinat. Elle est morte à l'âge de quarante-trois ans. J'en ai aujourd'hui quarante-six; Si je suis allé voir son dossier à Los Angeles, c'est parce que je lui ressemble un peu chaque jour.
C'est le shérif du comté de Los Angeles qui avait été chargé de l'enquête. Je pris des dispositions avec les sergents Bill Stoner et Bil McComas, de la section des affaires non résolues, pour avoir accès au dossier. Leur tache consiste à passer en revue, périodiquement, les dossiers non classés, éventuellement pour les élucider de façon définitive,  ou bien pour analyser l'échec de leurs collègues au moment des faits. Les deux hommes se montrèrent obligeants. L'un et l'autre me firent remarquer que les assassinats non résolus tendent à le rester : les mystères vieux de trente-six ans ne peuvent que s'épaissir avec le passage du temps et l'effacement des souvenirs. Je les assurais que je n'avais aucun espoir de découvrir une solution. Je voulais seulement examiner la somme de renseignements contenue dans le dossier, et voir où ils me mèneraient. Stoner me prévint que les photos étaient sinistres. Je lui affirmai que je tiendrai le coup.
Pour moi, le vol jusqu'à Los Angeles se passa dans une sorte de brume. Mes souvenirs m'occupèrent pendant cinq heures.
ENTRETIENS, 1995   
James ELLROY   U.S.A.

Gunnar STAALESEN

Arnaldur INDRIDASON

J. P. MANCHETTE

Chester HIMES

Jo NESBO

   Daisy Perika, appuyée au rebord d'aluminium de la fenêtre de sa cuisine, scruta le contour dépouillé des grandes femmes de pierre juchées sur la Mesa des Trois Sœurs, ce doigt de grès de huit kilomètres de long qui sépare le canyon du Serpent du canyon de l'Esprit. Elle le faisait chaque fois qu'elle se sentait tourmentée car cela l'aidait à trouver l'apaisement de l'esprit. Mais quelque chose bougeait. Elle cligna des yeux en regardant la forme fantomatique et brumeuse qui descendait la pente d'éboulis de la mesa. La vaporeuse entité progressait pas à pas avec une prudence exagérée, comme redoutant qu'une chute entraîne une blessure grave.   
LE CANYON DES OMBRES   
James D. DOSS   U.S.A.

George CHESBRO

Agatha CHRISTIE

Paco I. TAIBO II

Carmen POSADAS

Aergur UPFIELD

Les mains au fond des poches de mon trench-coat, j'étais planté comme un piquet dans une pièce du troisième étage d'une vielle demeure de la rue des Francs-Bourgeois. Machinalement, tout en étreignant dans ma paume moite et humide le fourneau éteint de ma pipe, j'écoutais la vénérable bicoque gémir sous les assauts du mauvais temps;
   Printemps pourri !
   La pluie, poussée par le vent qu'on entendait hurler, tambourinait contre les carreaux de la fenêtre sans rideaux. À travers les vitres brouillées, je découvrais un paysage de toits mouillés sur lequel le ciel plombé répandait une déprimante teint vénéneuse. Un linge douteux flottait tristement, comme l'emblème d'une lamentable reddition, à la mansarde d'un immeuble voisin. Sur la gauche devait s'élevait l'hôtel Clisson ou Soubise, où sont conservées les Archives nationales. Droit devant, une haute cheminée émergeait du chaos de toits, signalant un pétrin de boulanger ou un atelier de fondeur. La fumée qui s'en échappait rejoignait les nuages noirs et s'y incorporait.
   La pièce où je me trouvait, et que l'obscurité précoce commençait à envahir, était inégalement partagée en deux par une « banque » à mi-hauteur. La planche mobile qui formait la porte était rabattue sur le comptoir.
   Une antique Remington occupait l'extrémité d'une table, voisinant avec un registre ouvert et tout ce qu'il fallait pour écrire, plus un cendrier débordant de mégots, une petite lampe à abat-jour vert, un téléphone, un trébuchet sensible comme une midinette, une loupe d'horloger, une pierre de touche, etc…
   FIÈVRE AU MARAIS
   LES NOUVEAUX MYSTÈRES DE PARIS

   LÉO MALLET   France

Donna LEON

Batya GOUR

David PEACE

Ian RANKIN

Donald WESTLAKE


   Dimanche 19 janvier 1761

   Le chaland glissait sur le fleuve gris. Des nappes de brouillard montaient des eaux et ensevelissaient les berges, résistant aux pâles lueurs du jour. L'ancre, levée une heure avant l'aube, comme l'exigeait le règlement, avait dû être remouillée tant était encore impénétrable l'obscurité. Déjà Orléans s'éloignait rapidement et les courants de la Loire en crue entraînaient la lourde embarcation. En dépit des rafales qui balayaient le pont, une odeur pénétrante de poisson et de sel flottait à bord. Outre quelques fûts de vin d'Ancenis, on transportait une importante cargaison de morue salée.
   Deux silhouettes se dessinaient à l'avant du bateau…
   L'ÉNIGME DES BLANCS-MANTEAUX   Jean-François PAROT   France


   Quelques instants avant que la cloche de Sant Ignazio ne sonne sept heures du matin, comme à l'accoutumée le général Taddeo Bottando monta l'escalier, dont les murs étaient couverts d'œuvres d'art volées. Il était arrivé sur la piazza bien avant mais, selon son habitude, il avait passé dix minutes dans le café en face du bureau à boire deux espresso tout en mangeant un panino bourré de jambon frais. Les autres habitués l'avaient salué comme on salue un client qui vient là tous les jours prendre le petit déjeuner d'un « Buongiorno » amical accompagné d'un signe de tête indiquant qu'on le reconnaissait sans chercher néanmoins à entamer la conversation. À Rome, comme dans toutes grandes villes, le réveil est une affaire privée qui s'effectue dans le calme et la solitude.
   L'AFFAIRE RAPHAËL   Ian PEARS   Grande Bretagne

   L'Académie de police de Pretoria emmenait toujours les inspecteurs en formation au musée de Pretorius Street, dans le vieux bâtiment du Compol. En général, ces visites n'étaient pas un succès. Les étudiants gâchaient tout de la manière propre à leur âge, en rivalisant d'agitation et d'humour de bas étage.
   C'est pour cela que Mat Joubert n'avait commencé à aimer les musées que lorsque, bien après des années de faculté, il avait été obligé de témoigner dans une affaire de meurtre à Pretoria. L'ennuie l'avait alors conduit à s'y rendre pendant cinq jours où il avait dû attendre d'être appelé à la barre.
   
JUSQU'AU DERNIER   Deon MEYER   Afrique du Sud

   L'hôtel Islay à Sussex Gardens, où le lendemain de sa visite à Ascot, George Smiley, sous le nom de Barraclough, avait installé son quartier général opérationnel, était un endroit très calme, étant donné sa situation, et qui convenait parfaitement à ses besoins. Il était à cent mètres au sud de Paddigton Station, il faisait partie d'une terrasse de résidences assez anciennes, séparées de la grande avenue par une rangée de platanes et un parc de stationnement. Le flot de la circulation grondait devant toute la nuit. Mais à l'intérieur, bien que ce fût un carrousel de papiers peints qui juraient entre eux et d'abat-jour en cuivre, c'était un endroit d'un calme extraordinaire. Non seulement il ne se passait rien dans l'hôtel, mais il ne se passait rien dans le monde non plus, et cette impression était renforcée par Mrs Pope Graham, la propriétaire, une veuve de commandant avec une voix terriblement traînante qui donnait une sensation de profonde fatigue à Mr Barraclough ou à quiconque recherchait son hospitalité. L'inspecteur Mendel, dont elle était l'informatrice depuis des années, assurait qu'elle s'appelait tout simplement Graham. Le « Pope » n'avait été ajouté que par goût de la grandeur ou par déférence envers Rome.
   LA TAUPE   John LE CARRÉ   Grande Bretagne

On ne voit, du fleuve qui borde la ville au nord, qu'un prodigieux panorama. On ne peut le contempler qu'avec une espèce d'appréhension, mais on a parfois le souffle coupé par la majesté du spectacle. Les silhouettes claires des immeubles s'élancent à l'assaut du ciel, dévorant l'azur : des surfaces planes, d'autres longues, des rectangles grossiers et des flèches acérées, des minarets et des pics, toutes les formes géométriques imaginables se profilent contre le lavis bleu et blanc du ciel.
   La nuit, en descendant le long de Rive Highway, la voie sur berge, des myriades de soleils vous éblouissent, une espèce de voie lactée qui s'étend de la ville vers le sud, et s'empare de la cité dans une brillante démonstration de magie électrique. Tout autour de la ville, les réverbères des boulevards extérieurs scintillent, proches ou lointains, et viennent se refléter dans les eaux sombres du fleuve. Les fenêtres des immeubles grimpent de plus en plus haut vers les étoiles en lumineux rectangles, et vont se fondre dans le halo vert, jaune et orange qui embrase le ciel. Les feux verts et les feux rouges ont l'air de vous faire de l'œil, et, le long du Stem, tout cet étalage incandescent se mélange en une aveuglante orgie de couleurs.
   La ville s'offre comme un écrin éblouissant de bijoux précieux, stratifiés en couches lumineuses d'une vibrante intensité.
   Les immeubles forment le décor. Face au fleuve, ils brillent de tous leurs feux artificiels. On les contemple, fasciné, en retenant sa respiration.
   Derrière les immeubles, derrière les lumières, il y a les rues.
   Dans les rues, il y a les ordures.
   87e DISTRICT   Ed McBAIN   U.S.A.

Dans le flot de voyageurs qui coulait par cascades vers la sortie, elle était la seule à ne pas se presser. Son sac de voyage à la main, la tête dressée sous le voile de deuil, elle attendit son tour de tendre son billet à l'employé, puis elle fit quelques pas.
   Quand elle avait pris le train, à Bruxelles, il était six heures du matin et l'obscurité était lourde de pluie glacée. Le compartiment de troisième classe était mouillé, lui aussi, plancher mouillé sous les pieds boueux, cloison mouillée par une buée visqueuse, vitres mouillées dedans et dehors. Des gens aux vêtements mouillés sommeillaient.
   À huit heures, juste à l'arrivée à Hasselt, on éteignit les lampes du convoi et celles de la gare. Dans les salles d'attente, les parapluies perdaient des rigoles d'eau fluides qui sentaient la soie détrempée. Autour des poêles, des gens se séchaient et ils étaient presque tous en noir, comme Edmée. Était-ce un hasard ? Le remarquait-elle parce qu'elle était en grand deuil ? Et le noir n'est-il pas l'uniforme des gens de campagne ?
   
12 décembre. Le chiffre, en gros caractères, noirs aussi, à côté d'un guichet, la frappa.
   Dehors, la pluie crépitait, les gens couraient, des silhouettes collées à toutes les portes et les nuages rendaient le ciel si sombre que les boutiques gardaient leurs lampes allumées.
   LA MAISON DU CANAL   Georges SIMENON   Belgique