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Jean FAVIER * Borislaw GEREMEK * Jacques LE GOFF * March BLOCH * Georges DUBY * Emmanuel LEROY LADURIE *

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Je suis juif, sinon par la religion, que je ne pratique point, non plus que nulle autre, du moins par la naissance. Je n'en tire ni orgueil ni honte, étant, je l'espère, assez bon historien pour n'ignorer point que les prédispositions raciales sont un mythe et la notion même de race pure une absurdité particulièrement flagrante, lorsqu'elle prétend s'appliquer, comme ici, à ce qui fut, en réalité, un groupe de croyants, recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave. Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d'un antisémite. Mais peut-être les personnes qui s'opposeront à mon témoignage chercheront-elles à le ruiner en me traitant de « métèque ». Je leur répondrai, sans plus, que mon arrière-grand-père fut soldat en 93 ; que mon père, en 1870, servit dans Strasbourg assiégé ; que mes deux oncles et lui quittèrent volontairement leur Alsace natale, après son annexion au IIe Reich ; que j'ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques, dont les Israélites de l'exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs ; que la France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m'expulser aujourd'hui et peut-être (qui sait ?) y réussiront, demeurera, quoi qu'il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur. J'y suis né, j'ai bu aux sources de sa culture, j'ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcé, à mon tour, de la défendre de mon mieux.
L'ETRANGE DEFAITE
Marc BLOCH

Écrire l’histoire de son pays et de son temps, […] c’est se montrer à soi-même pied à pied le néant du monde, de ses craintes, de ses désirs, de ses espérances, de ses disgrâces, de ses fortunes, de ses travaux. LE DUC DE SAINT-SIMON

Le voyage fournit des occasions de s'ébrouer mais pas - comme on le croirait - la liberté. Il fait plutôt éprouver une sorte de réduction ; privé de son cadre habituel, dépouillé de ses habitudes comme d'un volumineux emballage, le voyageur se trouve ramené à de plus humbles proportions. Plus ouvert aussi à la curiosité, à l'intuition, au coup de foudre.
Ainsi, un matin, sans savoir pourquoi, nous emboîtâmes le pas à une pouliche qu'un paysan venait d'aller laver à la rivière. Une pouliche haute sur jambes, les yeux comme des marrons dans leur coque entrouverte, et une robe sans défaut sous laquelle les muscles jouaient avec une coquetterie souveraine. Ce que j'avais vu de plus femme en Yougoslavie. Dans la rue, les boutiquiers se retournaient sur elle. Les pieds au frais dans la poussière nous l'avons suivie en silence, comme deux « marcheurs » éperdus, le cœur entre les dents. Nous nous étions littéralement rincé l'œil. Parce que l'œil a besoin de ces choses intactes et neuves qu'on trouve dans la nature : les pousses gonflées du tabac, l'oreille soyeuse des ânes, la carapace des jeunes tortues.
L'USAGE DU MONDE   Nicolas BOUVIER

I shall be gone and live Or stay and die. William SHAKESPEARE

Dire qu'il n'y a pas de projet et que l'acteur sur le théâtre du monde est l'histoire, c'est pour moi, en dernière analyse, absolument idéaliste. Ca consiste à habiller en sujet de l'histoire, extérieur à l'histoire, la dirigeant, lui donnant son sens, quelque chose dont personne ne sait ce que c'est.  Sans les Français et leurs difficultés, qu'est-ce que c'est que l'histoire de France ? La seule chose vraie, c'est que ce qui se produit n'est jamais ou rarement, ce que les agents de l'histoire avaient voulu faire. Cela ne prouve pas que quelque chose « savait » à l'avance. Je crois qu'il n'y a de sens de l'histoire que pour les historiens. S'il n'y avait pas de sujets de l'histoire, il n'y aurait pas de politique. […] Il y a de la politique parce qu'il y a des historiens, des expériences, des traditions, des émotions. C'est ce que les Grecs ont découvert avec la cité, quand les affaires communes sont devenues l'affaire de chacun.
ENTRE MYTHE ET POLITIQUE   
Jean-Pierre VERNANT

La France a fait la France, et l'élément fatal de race m'y semble secondaire. Elle est fille de sa liberté.

L'histoire, dans le progrès du temps, fait le progrès du temps bien plus qu'elle n'est faite par lui.
Jules MICHELET

Jean-Pierre VERNANT

Jacqueline de ROMILLY

Nicolas BOUVIER

Th. MONOD

Fernand BRAUDEL

Il fut donc résolu que, puisque Cortés leur avait déjà annoncé notre départ pour leur lendemain, nous feindrions de faire nos paquets - qui n'étaient pas lourds - et que, dans l'intérieur même des vastes places entourées de palissades où nous avions établi notre camp, nous tomberions à l'improviste sur les Indiens guerriers, qui l'avaient certes bien mérités. En attendant, Cortés crut devoir recouvrir à la dissimulation vis-à-vis des ambassadeurs de Montezuma et il leur dit que ces maudits Cholulthèques avaient voulu faire faussement peser toute la responsabilité sur Montezuma et sur eux-mêmes à titre d'ambassadeurs ; que n'avions nullement cru à l'existence de cet accord ; qu'on les priait de rester dans le logement de Cortés et de ne plus avoir de communications avec les gens de la ville, afin que nous ne puissions concevoir aucun soupçon de leur connivence et qu'ainsi ils fussent aptes à partir avec nous pour Mexico et nous servir de guides.
HISTOIRE VERIDIQUE DE LA CONQUÊTE DE LA NOUVELLE ESPAGNE
Bernal DIAZ del CASTILLO




Dans la zone brutale de frictions entre ciels et eaux l'existence des bâtiments de pêche ne dépend que de la vie animale, difficile à saisir dans ses errances. Ce pourquoi, sous l'épaisseur liquide, c'est tout de même la terre qu'ils veulent imaginer, comprendre et retrouver parce qu'elle est la frontière horizontale solide sur laquelle s'appuient leurs filets. Et ces vastes sols nous attirent. Vers eux, nous revenons de confiance. Chaque notation de sonde reliée à d'autres notations, et révélant des plaines ou des collines, est un message codé ; chaque bateau en fait la traduction qui est un appel ; et à ces fonds en place que jamais nos yeux n'ont pu voir, et que nous retrouvons pourtant comme on retrouve des paysages d'enfance ou de préférence, une familiarité mystérieuse nous relie.
Au-dessus d'eux, à travers les frontières liquides des étages océaniques, glissent les figures des bêtes que l'on connaît et que l'on vient chercher. Tout nous parle, on se comprend et on se sent bien.
L'OCEAN, LES BÊTES ET LES HOMMES
Anita CONTI



Que l'histoire ne soit pas une science comme les autres, à peu près tout le monde en est persuadé, sans compter ceux qui estiment qu'elle n'est pas une science du tout. Parler de l'histoire n'est pas facile, mais ces difficulté du langage introduisent au cœur même des ambiguïtés.
Je m'efforcerai dans cet essai à la fois de replacer la réflexion sur l'histoire dans sa durée, de situer la science historique elle-même dans les périodisations de l'histoire et de ne pas réduire l'histoire à la vision européenne, occidentale, même si celle-ci du fait des mes ignorances et de l'état - significatif - de la documentation me conduira à parler surtout de la science historique et occidentale. Le mot histoire ( dans toutes les langues romanes et en anglais ) vient du grec ancien
historie, en dialecte ionien. Cette conception de la vue comme source essentielle de connaissance conduit à l'idée que istor, celui qui voit, est aussi celui qui « sait », istorein, en grec ancien, c'est « chercher à savoir », « s'informer », istorie, c'est donc « l'enquête ». C'est le sens du mot chez Hérodote au début de ses « Histoires » qui sont des recherches et des enquêtes.
HISTOIRE ET MEMOIRE   Jacques LE GOFF



Un peuple terrorisé par l'imminence de la fin du monde : dans l'esprit de bien des hommes de culture, cette image de l'An Mil demeure encore vivante aujourd'hui, malgré ce qu'ont écrit pour la détruire Marc Bloch ou Henri Focillon […] Ce qui prouve que, dans la conscience collective, les schémas millénaristes n'ont point à notre époque perdu tout à fait leur puissance de séduction. Ce mirage historique prit donc place fort aisément dans un univers mental tout disposé à l'accueillir. L'histoire romantique l'héritait de quelques historiens et archéologues qui avaient entrepris, au XVIIe et au XVIIIe siècles, l'exploitation scientifique du Moyen-Âge, de cette époque obscure, asservie, mère de toutes les superstitions gothiques que commençaient alors à dissiper les Lumières. Et c'est bien, en fait, à la fin du XV e siècle, dans les triomphes du nouvel humanisme, qu'apparaît la première description connue des terreurs de l'An Mil. Elle répond au mépris que professait la jeune culture d'Occident à l'égard des siècles sombres et frustres, dont elle sortait, qu'elle reniait pour regarder, par delà ce gouffre barbare vers l'Antiquité, son modèle. Au centre des ténèbres médiévales, l'An Mil, antithèse de la Renaissance, offrait le spectacle de la mort et de la prosternation stupide.
L'AN MIL   Georges DUBY



Très rapidement les travailleurs ont perdu le pouvoir en Union soviétique. L'Etat ouvrier a perdu de sa force face au capitalisme dès le début, acceptant des pertes territoriales énormes dans le traité de Brest Litovsk. C'une nouvelle classe dirigeante surgie de l'Etat ouvrier, qui a conduit à la perte la révolution Russe. La Révolution française est bientôt considérée comme le modèle historique de la révolution russe d'Octobre 1917. Nombre d'historiens, en France particulièrement, développeront la comparaison. Ainsi les purges des années 30, opérées par Staline dans le Parti bolchevique, sont comparées à la liquidation des partisans de Hébert et de Danton par Robespierre, et l'assassinat politique est investi de la légitimité d'une révolution passée.
LE PASSE D'UNE ILLUSION
François FURET



Nomade j'étais, quand toute petite je rêvais en regardant les routes, nomade je resterais toute ma vie, amoureuse des horizons changeants, des lointains encore inexplorés.
Moi, à qui le paisible bonheur dans une ville d'Europe ne suffira jamais, j'ai conçu le projet hardi, pour moi réalisable, de m'établir au désert et d'y chercher à la fois la paix et les aventures, choses conciliables avec mon étrange nature.
Il n'y a qu'une chose qui puisse m'aider à passer les quelques années de vie terrestre qui me sont destinées : c'est le travail littéraire, cette vie factice qui a son charme et qui a cet énorme avantage de laisser presque entièrement le champ libre à notre volonté.
Dehors, tout se tait, tout rêve et tout repose, dans la clarté froide de la lune.
Isabelle EBERHARDT