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ALAIN-FOURNIER * RICHARD MILLET * ANDRE MALRAUX * ROMAIN GARY * JOSEPH KESSEL * HONORE DE BALZAC *

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   Jamais je ne vis tant de grâce s'unir à tant de gravité. Son costume lui faisait la taille si mince qu'elle semblait fragile. Un grand manteau marron, qu'elle enleva en entrant, était jeté sur ses épaules. C'était la plus grave des jeunes filles, la plus frêle des femmes. Une lourde chevelure blonde pesait sur son front et sur son visage délicatement dessiné, finement modelé. Sur son teint très pur, l'été avait posé deux tâches de rousseur... Je ne remarquai qu'un défaut à tant de beauté : aux moments de tristesse, de découragement ou seulement de réflexion profonde, ce visage si pur se marbrait légèrement de rouge, comme il arrive chez certains malades gravement atteints sans qu'on le sache.

   Le Grand Meaulnes, 1913
    ALAIN-FOURNIER

Je ne crois qu’au fleuve vie, je ne veux être que les flots de ce fleuve. Je ne veux pas de formules : rien que des mots qui suivent pas à pas dans ses moindres détours, retours et rencontres, la marche complexe de la vie. Lettre à sa famille, Alain-Fournier.

   Après moi la langue ne sera plus tout à fait la même. Elle entrera dans une nuit remuante. Elle se confondra avec le bruit d'une terre désormais sans légende. Les langues s'oublient plus vite que les morts. Elles tombent, comme le jour, le vent, ou le silence sur le monde où je suis né et qui était peuplé de gens rudes, peu loquaces, au visage tourné vers le couchant, et qui auraient souri de me voir, moi, le dernier des Bugeaud, seul de ma race à écrire le français à peu près, quand ils ne s'exprimaient pas en patois, dans ce parler limousin où s'entendaient encore, entre les souffles des animaux et ceux des grands bois, tous les temps du subjonctif, tandis que le français y renonçait et qu'ils parlaient eux, avec le respect de la syntaxe française qui était la véritable armature de l'homme, pour les Bugeaud comme pour les autres Siomois, y compris ceux qui parlaient mal mais qui considéraient que s'exprimer correctement était ici-bas le vrai, le seul vêtement de gloire.

Ma Vie parmi les ombres 
Richard MILLET

   Il se trouve dans certaines provinces des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes. Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence du cloître, et l'aridité des landes, et les ossements des ruines. La vie et le mouvement y sont si tranquilles qu'un étranger les croirait inhabitées, s'il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d'une personne immobile dont la figure à demi monastique dépasse l'appui de la croisée, au bruit d'un pas inconnu. Ces principes de mélancolie existent dans la physionomie d'un logis situé à Saumur, au bout de la rue montueuse qui mène au château, par le haut de la ville. Cette rue, maintenant peu fréquentée, chaude en été, froide en hiver, obscure en quelques endroits, est remarquable par la sonorité de son petit pavé caillouteux, toujours propre et sec, par l'étroitesse de sa voie tortueuse, par la paix de ses maisons qui appartiennent à la vieille ville, et que dominent les remparts. Des habitations trois fois séculaires y sont encore solides, quoique construites en bois, et leurs divers aspects contribuent à l'originalité qui recommande cette partie de Saumur à l'attention des antiquaires et des artistes.

Eugénie Grandet
Honoré de BALZAC
La marquise, alors âgée de trente ans, était belle quoique frêle de formes et d'une excessive délicatesse. Son plus grand charme venait d'une physionomie dont le calme trahissait une étonnante profondeur dans l'âme. Son œil plein d'éclat, mais qui semblait voilé par une pensée constante, accusait une vie fiévreuse et la résignation la plus étendue. Ses paupières, presque toujours chastement baissées vers la terre, se relevaient rarement. Si elle jetait des regards autour d'elle, c'était par un mouvement triste, et vous eussiez dit qu'elle réservait le feu de ses yeux pour d'occultes contemplations. Aussi tout homme supérieur se sentait-il curieusement attiré vers cette femme douce et silencieuse. Si l'esprit cherchait à deviner les mystères de la perpétuelle réaction qui se faisait en elle du présent vers le passé, du monde à sa solitude, l'âme n'était pas moins intéressée à s'initier aux secrets d'un cœur en quelque sorte orgueilleux de ses souffrances. En elle, rien d'ailleurs ne démentait les idées qu'elle inspirait tout d'abord. Comme presque toutes les femmes qui ont de très longs cheveux, elle était pâle et parfaitement blanche. Sa peau, d'une finesse prodigieuse, symptôme rarement trompeur, annonçait une vraie sensibilité, justifiée par la nature de ses traits qui avaient ce fini merveilleux que les peintres chinois répandent sur leurs figures fantastiques. Son cou était un peu long peut-être ; mais ces sortes de cous sont les plus gracieux, et donnent aux têtes de femmes de vagues affinités avec les magnétiques ondulations du serpent. S'il n'existait pas un seul des mille indices par lesquels les caractères les plus dissimulés se révèlent à l'observateur, il lui suffirait d'examiner attentivement les gestes de la tête et les torsions du cou, si variées, si expressives, pour juger une femme. "La Femme de trente ans", Honoré de Balzac.

MAISON DE BALZAC À PARIS
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MUSÉE BALZAC À PARIS
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La maison de Balzac vue par Théophile GAUTIER

   Balzac avait quitté la rue des Batailles pour les Jardies ; il alla ensuite demeurer à Passy. La maison qu'il habitait, située sur une pente abrupte, offrait une disposition architecturale assez singulière. - On y entrait, un peu comme le vin entre dans les bouteilles. Il fallait descendre trois étages pour arriver au premier. La porte d'entrée, du côté de la rue, s'ouvrait presque dans le toit, comme une mansarde.[...]
    Vers cette époque, Balzac commença à manifester du goût pour les vieux meubles, les bahuts, les potiches ; le moindre morceau de bois vermoulu qu'il achetait rue de Lappe avait toujours une provenance illustre, et il faisait des généalogies circonstanciées à ses moindres bibelots. - Il les cachait çà et là, toujours à cause de ces créanciers fantastiques dont nous commencions à douter. Nous nous amusâmes même à répandre le bruit que Balzac était millionnaire, qu'il achetait de vieux bas aux négociants en hannetons pour y serrer des onces, des quadruples, des génovines, des cruzades, des colonnates, des doubles louis, à la façon du père Grandet ; nous disions partout qu'il avait trois citernes, comme Aboulcassem, remplies jusqu'au bord d'escarboucles, de dinars et de tomans.

La maison de Balzac vue par Gérard de NERVAL

   "Maintenant, parlons de cette maison de Passy, dont les splendeurs intérieures avaient succédé aux merveilles visibles de sa maison de Sèvres.
L'une était exactement l'antipode de l'autre. La première avait manqué quelque temps d'escalier ; - la seconde en avait trois étages.
Seulement, il fallait descendre. On se présentait à une petite porte de la rue qui côtoie les hauteurs de Passy, donnant de loin sur la plaine de Grenelle, l'île des Cygnes et le Champ-de-Mars.
Pas de maison devant soi. - Un mur, une porte verte et une sonnette.
Le concierge ouvrait, et l'on se trouvait sur le palier du premier étage, - en descendant du ciel.
Au second étage, on rencontrait la loge, - le concierge disait : il y a encore deux étages, - en descendant. - Heureusement, cette maison inverse n'avait pas d'entresol.
Au dernier étage, on se trouvait dans une cour. Deux bustes en terre cuite indiquaient au fond la demeure du romancier. Une fois la porte ouverte, une odeur délicieuse flattait l'odorat de l'homme de goût, - comme cette odeur des pommes vertes dont il est question dans le livre de Salomon.
C'était un office où sur des tablettes soigneusement dressées on admirait toutes les variétés possibles de poires de Saint-Germain qu'il est possible de se procurer.
Balzac, avec son sourire rabelaisien, drapé de sa robe de chambre en cachemire, vous recevait ensuite, et vous arrêtait quelque temps à une appréciation savante des diverses qualités de ses poires. - Il en avait pour quelques centaines de francs et regrettait quelques variétés rares, accaparées par le duc d'Ayen et le duc de Luynes. - Un jardinier de Harlem n'eût pas eu pour ses tulipes plus d'amour que Balzac pour ces simples variétés de poires."

   Les hommes ne sont pas parmi mes semblables, ils sont ceux qui me regardent et me jugent : mes semblables, ce sont ceux qui m'aiment et ne me regardent pas, qui m'aiment contre tout, qui m'aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi et non ce que j'ai fait ou ferai, qui m'aimeraient tant que je m'aimerais moi-même - jusqu'au suicide compris … Avec elle seule, j'ai en commun cet amour déchiré ou non, comme d'autres ont, ensemble, des enfants malades et qui peuvent mourir…

La Condition humaine
André MALRAUX

   À Paris, je m'enfermais dans ma minuscule chambre d'hôtel et, négligeant les cours à la faculté de Droit, je me mis à écrire tout mon saoul. À midi, je me rendais rue Mouffetard où j'achetais du pain, du fromage et, naturellement, des concombres salés. Je n'arrivais jamais à rapporter les concombres chez moi intacts : je les dévorais toujours séance tenante, dans la rue. Ce fut pendant plusieurs semaines ma seule source de satisfaction. Les tentations, pourtant, ne manquaient pas. En me restaurant, debout dans la rue, le dos au mur, mon regard fut à plusieurs reprises attiré par une jeune fille d'une beauté absolument inouïe, aux yeux noirs et aux cheveux bruns, d'une douceur sans précédent dans l'histoire du cheveu humain. Elle faisait son marché à la même heure que moi et je pris l'habitude de guetter son passage dans la rue. Je n'attendais rien d'elle - je ne pouvais même pas lui offrir le cinéma - tout ce que je désirais, c'était pouvoir manger mon concombre en la savourant du regard. J'ai toujours eu tendance à avoir faim devant le spectacle de la beauté, devant les paysages, les couleurs, les femmes.

La Promesse de l'aube 
Romain GARY

J'étais seul et perdu dans un dédale de jungle sèche, incapable de reconnaître un chemin quel qu'il fût, et uniquement relié au monde habitable par une petite fille qui venait de fondre au milieu des épines. Mais ce n'était pas la peur qui faisait courir le long de mon corps en sueur des frissons brefs et légers à une cadence de plus en plus rapide. Ou plutôt, c'était une peur en marge et au delà de la peur ordinaire. Le sens du danger ne lui servait pas de source. Je tremblais parce que chaque seconde maintenant me rapprochait d'une rencontre, d'une alliance en dehors de la condition humaine. Car, si mon pressentiment était juste, et je savais maintenant qu'il l'était... [...] Un rire enfantin, haut et clair, ravi, merveilleux, sonna comme un tintement de clochettes dans le silence de la brousse. Et le rire qui lui répondit était plus merveilleux encore. Car c'était bien un rire. Du moins, je ne trouve pas dans mon esprit, ni dans mes sens, un autre mot, une autre impression pour ce grondement énorme et débonnaire, cette rauque puissante et animale joie. Joseph KESSEL, "Le lion"

Ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines. Ami entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne, Ohé partisans, ouvriers et paysans c'est l'alarme! Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes…... Montez de la mine, descendez des collines, Camarades. Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades. Ohé! les tueurs à la balle et au couteau tuez vite! Ohé! saboteurs attention à ton fardeau… Dynamite…... C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères. La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère. Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves. Ici, nous vois-tu nous on marche et nous on tue nous on crève…... Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe. Ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place. Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes. Chantez Compagnons, dans la nuit, la liberté nous écoute…... Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne!… Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines !… Le Chant des Partisans, Joseph Kessel et Maurice Druon.

   Ce samedi, la femme passa devant moi à la même heure environ que les nuits précédentes.
   Un petit jour gluant, porteur de brume et de suie, s'annonçait à des signes indéfinissables.
   Peut-être dans les autres zones de la ville où la vie suivait une cadence mieux réglée et la lumière et l'ombre du ciel, percevait-on ce blêmissement glacé des avenues et ce frileux silence par lesquels s'épuise la puissance nocturne. Mais au carrefour où je me tenais, les feux des cafés, les lettres ardentes des enseignes qui mourraient et renaissaient sur les façades des établissements de nuit, les trompes des voitures, le mouvement du peuple de plaisir défendait Montmartre contre les premiers pas du matin.
   Pourtant leur cheminement me fut sensible. Je ne sais pourquoi, le vent coulis, qui venait de la porte entrebaîllée et me mordait les jambes depuis deux heures, se fit plus pénétrant. Une très vague cendre crépusculaire trembla sur la vitre embuée à laquelle s'appuyait mon front trop chaud.

La Passante du Sans-Souci 
Joseph KESSEL

   Enfin vers minuit, le brouillard se dissipa, et Germain put voir les étoiles briller à travers les arbres. La lune se dégagea aussi des vapeurs qui la couvraient et commença à semer des diamants sur la mousse humide. Le tronc des chênes restait dans une majestueuse obscurité ; mais, un peu plus loin, les tiges blanches des bouleaux semblaient une rangée de fantômes dans leurs suaires. Le feu se reflétait dans la mare ; et les grenouilles, commençant à s 'y habituer, hasardaient quelques notes grêles et timides, les branches anguleuses des vieux arbres, hérissées de pâles lichens, s'étendaient et s'entrecroisaient comme de grands bras décharnés sur la tête de nos voyageurs ; c'était un bel endroit, mais si désert et si triste, que Germain, las d'y souffrir, se mit à chanter et à jeter des pierres dans l'eau pour s'étourdir sur l'ennui effrayant de la solitude.

La Mare au diable,   
Georges SAND

LE MONDE DE GEORGE SAND

   On allait là, chaque soir, vers onze heures, comme au café, simplement. Ils s'y retrouvaient à six ou huit, toujours les mêmes, non pas des noceurs, mais des hommes honorables, des commerçants, des jeunes gens de la ville ; et l'on prenait sa chartreuse en lutinant quelque peu les filles, ou bien on causait sérieusement avec Madame, que tout le monde respectait. Puis on rentrait se coucher avant minuit. Les jeunes gens quelquefois restaient. La maison était familiale, toute petite, peinte en jaune, à l'encoignure d'une rue derrière l'église Saint-Étienne ; et, par les fenêtres, on apercevait le bassin plein de navires qu'on déchargeait, le grand marais salant appelé « Retenue » et, derrière, la côte de la Vierge avec sa vieille chapelle toute grise…………………………………………………………………………

La Maison Tellier
Guy de MAUPASSANT

   Elle sortait maintenant du couvent, radieuse, pleine de sèves et d'appétits de bonheur, prête à toutes les joies, à tous les hasards charmants que dans le désoeuvrement des jours, la longueur des nuits, la solitude des espérances, son esprit avait déjà parcourus. Elle semblait un portrait de Véronèse avec ses cheveux d'un blond luisant qu'on aurait dit avoir déteint sur sa chair, une chair d'aristocrate à peine nuancée de rose, ombrée d'un léger duvet, d'une sorte de velours pâle qu'on apercevait un peu quand le soleil la caressait. Ses yeux étaient bleus, de ce bleu opaque qu'ont ceux des bonshommes en faïence de Hollande. Elle avait, sur l'aile gauche de la narine, un petit grain de beauté, un autre à droite, sur le menton, où frisaient quelques poils si semblables à sa peau qu'on les distinguait à peine. Elle était grande, mûre de poitrine, ondoyante de la taille. Sa voix nette semblait parfois trop aiguë ; mais son rire franc jetait de la joie autour d'elle. Souvent, d'un geste familier, elle portait ses deux mains à ses tempes comme pour lisser sa chevelure………………………………………………………………………………………………

Une Vie
Guy de MAUPASSANT

"La Maison Fournaise,
son histoire, ses hôtes"
La collection du Musée Fournaise permet d'évoquer l'histoire de la famille Fournaise, des canotiers joyeux, les souvenirs de Guy de Maupassant, de retrouver les œuvres fac-similés de Renoir et la collection des petits maîtres de bords de Seine.
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LE MUSEE FOURNAISE * LA GRENOUILLERE * ALPHONSINE FOURNAISE * MONSIEUR FOURNAISE * PAR PIERRE-AUGUSTE RENOIR

   Aussi loin que m'entraîne ce fil d'encre, la mémoire ne cessera de me dérouter, qui réserve aux faits un sort sans commune mesure avec leur importance : un bruit de pas nocturnes qui s'éloignent, l'ombre d'un vol d'oiseaux sur une prairie, une lettre froissée dans le caniveau, l'allure d'une passante, une flamme qui crie du crépitement du bois acquièrent une présence invulnérable, tandis que l'oubli engloutit tant de choses qui furent nous-mêmes, comme si leur intensité eût assombri notre conscience, et qui finissent en idoles des profondeurs, telles ces statues gisant au fond de certaines baies, que la vase ou la magnificence des madrépores dissimule au scaphandrier.

Ce que la nuit raconte au jour. 
Hector BIANCIOTTI

     Le lendemain, ils traversaient la Caroline du Nord où les plantations de tabac leur apportèrent, en l'enrichissant de thèmes nouveaux, de quoi ranimer une conversation de plus en plus languissante, car ils découvraient peu à peu qu'ils s'étaient dit le principal.
    Des journaux achetés en masse à la gare de Salisbury leur fournirent à chacun le refuge classique derrière une muraille de papier.
Juleps  et coupes de champagne achevaient de leur rendre la vie intolérable. Les repas apportaient une sorte de trêve vers la camaraderie des premières heures. Charlie tenta de décider son compagnon par le secours d'une plaisanterie qui courait les bars de Savannah :
    « Sais-tu ce que disait le gouverneur de la Caroline du Nord au gouverneur de la Caroline du Sud ? »
    Toombs secoua la tête de droite et de gauche. Alors Charlie Jones se pencha au-dessus de la table et prit un ton confidentiel :
    « C'est long, le temps entre deux
drinks. »
   Toombs éclata de rire et la gaieté se raccommoda plus ou moins bien par petits morceaux
.

Les Pays lointains   
Julien GREEN

   Des murs de vigne sont tombés ; d'un coup des violettes se sont ouvertes. Ma vallée et moi-même nous sommes entourés d'avalanche. Nous sommes rongés par l'eau de neige. L'une d'elle barre le passage aux forains dans la combe aux tilleuls. Des tilleuls de maquis ! Ssrr… les feuilles vont bientôt mieller. Il y a un pic qui fusille à deux mille mètres comme un vieux fusil la route.                                                                                   

La Haute route   
Maurice CHAPPAZ   Suisse

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